Le référendum constitutionnel organisé en Guinée en septembre 2025 représente l’un des moments les plus déterminants de la transition politique du pays depuis le coup d’État de 2021. Selon les résultats provisoires, le « OUI » l’a largement emporté, en particulier au sein de la diaspora. Mais derrière cette victoire apparente se cachent de profondes interrogations sur l’avenir de la démocratie guinéenne, la place des militaires dans la vie politique et la légitimité des prochaines élections.
Les résultats provisoires : un triomphe du « OUI »
En attendant les chiffres définitifs, les premières tendances publiées indiquent une nette domination du camp du « OUI » au sein de la diaspora guineene. Cette approbation massive témoigne d’un soutien important à la nouvelle Constitution proposée par le gouvernement de transition.
Le contenu de la nouvelle Constitution
La réforme constitutionnelle soumise au vote prévoit plusieurs changements majeurs:
- Un mandat présidentiel de 7 ans, renouvelable une seule fois (au lieu de 5 ans auparavant).
- La création d’un Sénat, dont un tiers des membres seraient nommés directement par le président.
- Le renforcement des institutions civiles, afin de préparer une sortie de l’ère militaire.
Ces dispositions sont présentées par les partisans comme une étape nécessaire pour stabiliser le pays et mettre fin à des décennies de crises politiques.
Les critiques et les soupçons de manœuvre politique

Malgré le succès du « OUI », de nombreux opposants dénoncent une tentative de confiscation du pouvoir par le général Mamadi Doumbouya
- Certains estiment que cette Constitution pourrait ouvrir la voie à sa candidature à la présidentielle prévue en décembre 2025.
- Le charte de transition adoptée en 2021 interdisait pourtant aux militaires au pouvoir de se présenter aux élections.
- Des voix s’élèvent pour dénoncer un « coup de force légal » qui consoliderait l’emprise militaire sur la vie politique.
Un contexte régional marqué par les coups d’État
La situation guinéenne ne peut être analysée isolément. Depuis 2023, huit coups d’État ont secoué l’Afrique de l’Ouest et centrale, redessinant la carte politique de la région. Cette tendance nourrit les inquiétudes d’une dérive autoritaire et d’une instabilité chronique.
Une opposition affaiblie et divisée
Deux figures majeures de l’opposition, Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé, ont appelé au boycott du scrutin. Leurs partis étant suspendus, leur capacité de mobilisation reste limitée.
Cette absence a favorisé la domination du « OUI », mais elle soulève des doutes sur la légitimité d’un processus politique jugé unilatéral par ses détracteurs.
Le rôle déterminant de la diaspora guinéenne
La diaspora guinéenne, largement mobilisée, a voté massivement en faveur du « OUI ». Son soutien pourrait jouer un rôle clé dans la consolidation de la nouvelle architecture institutionnelle, tout en reflétant un désir de changement profond après des années de crises et de transitions avortées.
La sécurité et l’organisation du scrutin
Près de 40 000 agents de sécurité ont été déployés pour encadrer le vote, notamment à Conakry. Si aucune violence majeure n’a été signalée, cette forte militarisation interroge sur le climat de méfiance qui entoure encore la scène politique guinéenne.
Les prochaines étapes : une présidentielle sous tension
Un scrutin présidentiel est prévu en décembre 2025. Si Mamadi Doumbouya décidait de se présenter, malgré les restrictions initiales, le climat politique pourrait se tendre davantage.
La question centrale demeure : la Guinée est-elle réellement sur la voie d’un retour à un pouvoir civil, ou assiste-t-on à une reconfiguration du pouvoir militaire sous des habits constitutionnels ?

Conclusion
Le référendum de septembre 2025 constitue une étape cruciale dans l’histoire récente de la Guinée. Si la victoire du « OUI » est indéniable, elle ouvre un champ d’incertitudes : retour véritable à l’ordre civil ou consolidation d’un pouvoir militaire sous couvert de légitimité constitutionnelle. L’avenir de la démocratie guinéenne dépendra désormais des choix politiques des prochains mois.
